Histoire & culture de la brioche
Brioche : histoire et origines d'une viennoiserie française
La brioche est une viennoiserie à pâte levée, riche en beurre et en œufs, à la mie filante et dorée. Derrière sa douceur se cache une longue histoire, profondément française, qui commence au Moyen Âge et traverse les siècles, des campagnes normandes aux tables royales jusqu'aux rayons de nos supermarchés.
Moyen Âge
Les ancêtres de la brioche
Bien avant que le mot n'existe, on confectionnait déjà des pâtes enrichies proches de la brioche. En Vendée, chaque famille fabriquait sa gâche — une brioche à mie serrée également appelée « galette pacaude », « pain de Pâques » ou « alize vendéenne » — préparée traditionnellement pour Pâques. La brioche est dès l'origine une viennoiserie de fête, liée aux mariages, baptêmes et grandes occasions.
XVe siècle
La naissance du mot « brioche »
Le terme « brioche » apparaît dans la langue française au XVe siècle. Son étymologie a longtemps été débattue, mais on s'accorde aujourd'hui à le faire dériver du verbe normand brier, forme ancienne de « broyer », qui désignait le fait de pétrir la pâte à l'aide d'un rouleau de bois appelé « la brie ». Le suffixe -oche désigne le produit fini. On retrouve cette même racine dans le pain brié, une spécialité normande. C'est donc en Normandie que la brioche prend racine, notamment autour des villes de Gisors et de Gournay, réputées pour l'excellence de leur beurre — ingrédient clé de la recette.
1611
La première définition écrite
Le lexicographe Randle Cotgrave, dans son Dictionarie of the French and English Tongues publié en 1611, définit la brioche comme « un petit pain rond, ou une boule, de pain épicé », en précisant son origine normande. C'est l'une des plus anciennes traces écrites attestant à la fois du mot et de son berceau géographique.
XVIIe siècle · 1742
La brioche gagne Paris
La brioche se diffuse peu à peu hors de Normandie et apparaît à Paris au cours du XVIIe siècle. La première mention parisienne clairement datée remonte à 1742. La recette se diversifie : on la façonne en pain, en gâteau ou en boule, on la parfume à la fleur d'oranger, à l'anis ou aux fruits confits.
XVIIIe siècle
Un produit de luxe
Riche en beurre et en œufs — des ingrédients coûteux pour l'époque —, la brioche devient au XVIIIe siècle un mets de luxe, apprécié des nobles. Signe de son prestige, elle commence à être représentée en peinture, sur des natures mortes.
1765 · publié en 1782
« Qu'ils mangent de la brioche »
C'est dans le livre VI des Confessions de Jean-Jacques Rousseau, écrites vers 1765 et publiées en 1782, qu'apparaît la célèbre formule : le philosophe rapporte le mot d'« une grande princesse » à qui l'on disait que les paysans manquaient de pain, et qui répondit : « Qu'ils mangent de la brioche ». Cette phrase, qui souligne le gouffre social entre le peuple et la noblesse, est souvent attribuée à tort à Marie-Antoinette. Or, lorsque Rousseau l'écrit, la future reine n'a qu'une dizaine d'années et vit encore en Autriche : elle ne peut en être l'auteure. L'attribution à Marie-Antoinette ne se répand par écrit que bien plus tard, notamment sous la plume du journaliste Alphonse Karr en 1841.
XIXe siècle
Tresses et spécialités régionales
Au XIXe siècle, les artisans-boulangers modifient la recette et la présentation : c'est l'apparition de la brioche tressée, à base de farine, d'œufs et de beurre, parfumée à la fleur d'oranger ou à l'eau-de-vie, avec ou sans crème fraîche. Les spécialités régionales se multiplient : brioche de Nanterre, brioche parisienne, brioche vendéenne… En Vendée, d'énormes brioches sont préparées pour la traditionnelle « danse de la brioche » lors des repas de noces.
1880
La brioche de Saint-Genix
En Savoie, à Saint-Genix-sur-Guiers, la maison Labully crée vers 1880 une brioche au levain garnie de pralines roses : le « gâteau Labully », plus connu sous le nom de Saint-Genix. Réputée dans tout le Dauphiné et le Lyonnais dès 1860, présentée à l'Exposition universelle de Paris en 1867, cette brioche fondante au croquant des pralines reste l'une des grandes spécialités briochées françaises.
1949
Le label « Brioche vendéenne »
En 1949, le label « Brioche vendéenne » voit le jour à l'occasion d'une vente caritative organisée par l'Association des Vendéens de Paris et d'Île-de-France. La brioche de Vendée obtiendra plus tard des signes officiels de qualité, consacrant un savoir-faire régional.
1955
La tarte tropézienne
À Saint-Tropez, le pâtissier d'origine polonaise Alexandre Micka crée un gâteau brioché fendu et garni de crème, inspiré d'une recette de sa grand-mère. En 1955, alors qu'il régale l'équipe du film Et Dieu… créa la femme de Roger Vadim, Brigitte Bardot lui suggère de le baptiser « tarte de Saint-Tropez » : ce sera la tarte tropézienne. Le procédé de fabrication fera l'objet d'un brevet en 1972.
1974
L'ère industrielle
En 1974, à partir de la boulangerie familiale des Cerqueux (Maine-et-Loire), la fratrie Pasquier fonde la société Brioche Pasquier et fait entrer la brioche emballée dans les grandes surfaces. La brioche tressée suit en 1975, puis le Pitch en 1986. La brioche quitte alors la table de fête du dimanche pour devenir un produit de consommation quotidienne, présent dans tous les foyers.
La brioche aujourd'hui
Désormais l'une des viennoiseries préférées des Français, la brioche se décline à l'infini : gâche, brioche tressée, brioche tranchée, Nanterre, Saint-Genix, tropézienne, brioche feuilletée… Ses ingrédients restent pourtant d'une grande simplicité : farine, beurre, œufs, levure, un peu de sucre et une pincée de sel. Sa réussite demande surtout de la patience : le temps de repos et de pousse de la pâte dépasse largement les temps de préparation et de cuisson réunis.
Le saviez-vous ? En français, l'expression « faire des brioches » signifie « commettre des bourdes ». Elle viendrait des musiciens de l'Opéra de Paris, qui versaient une pièce dans une cagnotte à chaque fausse note ; l'argent récolté servait ensuite à acheter… des brioches.
Et si l'on prête à Marie-Antoinette la fameuse phrase « Qu'ils mangent de la brioche », elle ne l'a très probablement jamais prononcée : elle figure dans les Confessions de Rousseau, écrites alors que la reine n'était encore qu'une enfant vivant en Autriche.
